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Le vin en grand, sans chichi mais avec panache
Certes, votre caviste mettra rarement en avant un Pineau d’Aunis ou une Mondeuse noire, mais ces cépages recèlent une autre facette du plaisir œnologique. En France, par exemple, on dénombre officiellement plus de 250 cépages autorisés en AOC (source : INAO). Pourtant, moins de 30 trustent l’essentiel de la production ! Le résultat : la richesse viticole de nos terroirs est, en partie, laissée de côté.
Voyons quelques-uns des plus fascinants cépages rares ou oubliés, et les petites pépites qu’ils réservent.
Impossible d’être exhaustif, bien sûr, mais ces raisins-là ont de quoi muscler votre curiosité œnophile. Approfondissons certains profils.
Originaire de la vallée du Loir (oui, sans le “e”, il s’agit du petit Loir), ce cépage rouge suscite parfois la surprise : peu coloré, il peut ressembler à un gamay mutin, mais c’est son côté poivré qui saisit. Il donne des vins où le poivre blanc, la girofle et les petits fruits rouges jouent à cache-cache.
Exemples de domaines : La Grapperie, Domaine Bellivière, Domaine de la Roche Bleue.
Le Terret, longtemps l’un des cépages phare du Languedoc au XIXe siècle (plus de 15 000 hectares au début du XXe ! Source : Pierre Galet, ampélographe), ne survit aujourd’hui que sur quelques centaines d’hectares, principalement autour de l’étang de Thau.
Ces variétés — blanc et gris — donnent des vins à la fois salins, vifs, parfois iodés, idéaux avec des huitres ou des tellines. Dans les Corbières, certains vignerons remettent le Terret en lumière dans des assemblages, ou en pur pour les “vin de France”.
Connu aussi sous le nom de Bastardo au Portugal, où il participe aux assemblages du Porto, le Trousseau explose d’épices, de fruits rouges et de notes terreuses dans le Jura. Il est plus tannique que le fameux Poulsard, et il supporte très bien la garde.
Originaire des Pyrénées, le Petit Manseng est souvent associé à des vendanges tardives et des moelleux spectaculaires (notamment en Jurançon). Il se distingue par une intensité aromatique incroyable : fruits exotiques, ananas, miel d’acacia, gingembre confit… Le tout, sur une trame acidulée qui évite tout effet “lourd”.
À noter que la superficie mondiale de Petit Manseng ne dépassait pas 1 200 hectares en 2020 selon OIV. Les grands domaines de Jurançon, mais aussi certains vignerons du Gers ou du Béarn, expérimentent de plus en plus des secs ou des blancs de gastronomie.
Le Romorantin, introduit au XVIe siècle par François Ier, raconte l’histoire de la Loire viticole. Il est aujourd’hui concentré sur le minuscule vignoble de Cour-Cheverny (à peine 60 hectares inscrits en AOC en 2023, source : Vins de Cheverny).
S’il a quasiment disparu d’autres régions, ce cépage livre pourtant des blancs nerveux, à la fois citronnés, miellés, et... fameux sur des fromages de chèvre affinés ou un simple sandre au beurre blanc. Notons que son patrimoine génétique est proche du Chardonnay, mais il garde une acidité et une tension uniques.
Quasi inconnu en dehors de l’Yonne, le César, cépage rouge, parfume les vins d’Irancy d’une nuance charpentée, presque tannique. Selon l’INAO, il couvrait jadis plusieurs milliers d’hectares vers Chablis, mais il n’en reste aujourd’hui que quelques parcelles.
Le César apporte structure et couleur dans les assemblages avec le Pinot noir, mais certains vignerons, têtus (et inspirés), le vinifient encore en pureté. Attendez-vous à une explosion de fruits noirs, de poivre, parfois de sous-bois.
L’appellation Picpoul de Pinet concerne surtout le célèbre Picpoul blanc, compagnon idéal des fruits de mer. Mais saviez-vous qu’il existe aussi un Piquepoul noir ? Longtemps moins exploité pour ses rendements modestes, il offre aujourd’hui des vins frais, sur la griotte et le cassis, légers mais intensément fruités.
La surface plantée reste très marginale : on l’estime à moins de 70 hectares en 2024 (source : CIVL, Comité Interprofessionnel des Vins du Languedoc). Certains domaines de l’Hérault et du Gard en tirent des rouges estivaux ou des rosés de caractère.
Si la France cultive ses trésors cachés, elle n’a pas le monopole du cépage antique remis au goût du jour :
À l’échelle internationale, on compte d’ailleurs environ 10 000 variétés de vigne recensées, dont à peine 1 400 réellement exploitées commercialement (source : OIV, 2023). Replanter du rare n’est donc pas qu’un caprice, c’est cultiver la mémoire et agrandir le terrain de jeux des sens.
Pas de panique ! On ne déclame pas "Donnez-moi une bouteille de Terret gris" chez le caviste du coin comme on demanderait un Côte-du-Rhône.
Quelques conseils pour partir à la chasse aux perles :Parmi les meilleures surprises : associer un Pineau d’Aunis avec une saucisse grillée et des herbes fraîches, un Trousseau sur des plats à base de champignons ou de gibier, ou encore un Petit Manseng ouvert comme apéritif sur un fromage à pâte persillée. Ces combinaisons, parfois inattendues, soulignent la richesse insoupçonnée de ces cépages et titillent l’imagination.
Que valent ces cépages oubliés face aux stars mondiales ? Ils racontent une autre histoire. Celle d’hommes et de femmes qui sauvegardent un patrimoine, et celle d’une sensorialité hors des normes établies. Si un vin peut encore vous surprendre, le détour est largement rentable. Pour continuer à explorer ce registre fascinant, gardez l’esprit curieux et posez des questions à vos vignerons, cavistes et lors de vos dégustations. La prochaine grande découverte pourrait bien se cacher dans un verre de César, de Terret ou de Romorantin.
Envie de vous lancer ? Parcourez la rubrique Apprendre le vin du Grand Blog du Vin. Vous y trouverez des focus, des fiches pratiques et l’agenda des salons où rencontrer ces cépages rares... et surtout, des idées pour aiguiser vos papilles tout en vous amusant.