Kits d’entraînement olfactif : lequel choisir pour affûter son nez de débutant ?
Décrypter les arômes du vin, c’est un peu comme apprendre à lire une carte au trésor : une fois qu’on a les bons repères, la d...
Le vin en grand, sans chichi mais avec panache
Avant même de porter un Bordeaux à son nez, pas question de zapper l’étape visuelle. On pourrait penser que la couleur est un détail esthétique, un simple plaisir pour les yeux ; en réalité, c’est bien plus que ça. La robe d’un vin rouge de Bordeaux livre en un clin d’œil quantité d’informations sur son origine, son âge, ou encore son style.
Et au cœur de cette robe, une notion prime : l’intensité colorante. Repérer, comprendre et qualifier cette intensité, c’est acquérir un superpouvoir pour mieux anticiper ce que le vin va exprimer par la suite.
Quand on parle d’intensité colorante, on évoque la concentration et la profondeur de la couleur d’un vin rouge. En dégustation, c’est un critère d’évaluation aussi important que l’olfactif ou le gustatif – et il ne s’agit pas d’un simple jeu de nuancier.
L’intensité colorante donne de précieuses indications :
Le vignoble bordelais n’est pas monolithique sur la question de la couleur. Entre la rive gauche (Médoc, Graves...) et la rive droite (Saint-Émilion, Pomerol...), les styles se différencient déjà par l’assemblage des cépages principaux :
À Pauillac, un jeune millésime affiche souvent un violet profond et opaque ; tandis qu’à Saint-Émilion, le pourpre se fait plus velouté, avec parfois une nuance brique déjà sensible, selon l’année.
Un détail amusant : certains crus utilisent encore un peu de Malbec (appelé ici « Côt »), particulièrement colorant, celui-là !
Bon, muni de son verre, comment s’y prend-on concrètement pour qualifier la puissance colorante d’un Bordeaux ? Voici la méthode, testée et approuvée :
| Intensité | Aspect de la robe | Exemple typique |
|---|---|---|
| Pâle | Le disque est très transparent, pas d’effet d’encre | Un Bordeaux à base majoritaire de vieux Merlots ou de Pinot Noir (plus rare) |
| Moyenne | Le disque se distingue assez facilement, mais la couleur demeure nette | Beaucoup de Bordeaux Supérieur ou Bordeaux rouges classiques |
| Forte | Impossible de voir le fond du verre, couleur quasi opaque | Jeunes Médocs, Pessac-Léognan, crus à prédominance Cabernet Sauvignon/Malbec |
Cette observation peut être affinée en notant, aussi, si la couleur “tache le verre” quand on le fait tourner doucement – on parle alors de “larmes colorées”, signe supplémentaire de concentration.
Sous ses dehors purement visuels, l’intensité colorante trahit toute une histoire :
Attention, intensité n’est pas toujours synonyme de qualité ! Certains grands vieux crus classés affichent une couleur relativement légère, tout en étant de véritables monstres de complexité aromatique et de profondeur en bouche.
La couleur n’est pas tombée dans le vin par l’opération du Saint-Esprit. Elle provient d’un subtil équilibre de composés, essentiellement les anthocyanes, pigments présents dans la peau des raisins noirs.
Plus la macération a été longue entre les peaux et le jus, plus la couleur s’extrait – c’est pourquoi un Bordeaux vinifié pour l’apéro, ou un clairet, sera beaucoup plus léger que la “potion” d’un grand Pauillac taillé pour la garde.
La concentration en anthocyanes dépend du cépage, de la maturité du raisin, du millésime et des choix du vigneron lors de la vinification.
| Cépage | Potentiel colorant | Notes de couleur typiques |
|---|---|---|
| Cabernet Sauvignon | Très fort | Grenat, rubis intense, violet en jeunesse |
| Merlot | Moyen à fort | Rubis, reflets violets puis rouge-brun |
| Malbec (Côt) | Très fort | Noir, encre, violet profond |
(Source : Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux, vin-vigne.com)
Quelques exemples amusants pour ferrer le regard du dégustateur :
L’élégance d’un grand Bordeaux passe aussi par une certaine retenue : la couleur n’est donc qu’un des éléments à considérer... mais quel élément révélateur !
Quelques pièges classiques à éviter en dégustation :
Maîtriser l’intensité colorante du Bordeaux, ce n’est pas juste pour briller en société. C’est une porte d’entrée vers une dégustation plus consciente et plus sensible : anticiper la structure d’un vin, imaginer son évolution, ajuster ses accords mets-vins, ou tout simplement aiguiser, au fil du temps, son œil – tout cela fait partie du plaisir, comme un petit jeu de détective à chaque ouverture de bouteille.
Pour prolonger l’aventure, ne pas hésiter à comparer, à collectionner ses propres repères couleur lors de dégustations croisées (Bordeaux, Bourgogne, Languedoc…) et pourquoi pas oser la visite de chais à la découverte des secrets d’extraction !
Pour aller plus loin, de nombreuses ressources existent :
Regarder la couleur, c’est déjà commencer à comprendre le vin. Tout l’art du dégustateur bordelais est là : transformer chaque nuance, chaque reflet pourpre ou grenat, en promesse de plaisir. Alors, la prochaine fois qu’un Bordeaux se présente dans votre verre, osez ce petit détour visuel : c’est le premier pas d’une grande aventure.